Liberté et ses effets mécaniques (La)

Titre

Liberté et ses effets mécaniques (La)

Statut

Année de publication

Volume

28

Pagination

429-434

Type d'intervention

Champ Scientifique

Théorie scientifique examinée

Thèse - Objectif :

Envisager la démonstration de la liberté au point de vue non pas moral mais dans ses rapports avec les principes de la mécanique (la liberté est-elle une impossibilité mécanique ? Est-elle en contradiction avec le principe de la conservation de l'énergie ? Si elle est possible, quels seraient ses effets mécaniques ?)

Concilier la liberté et les principes de la mécanique

Concevoir mécaniquement la liberté (considérer la liberté comme une puissance motrice dont les effets ne peuvent se prévoir, parce que les mouvements exécutés librement ne sont pas contenus dans les mouvements qui précèdent)

Déjouer la doctrine de la prédestination absolue (ou mécanisme absolu)

Acculturation

Non

Référence bibliographique

  • du Bois-Reymond, Über die Grenzen des Naturerkennens, 1872. (https://archive.org/details/berdiegrenzende07reygoog)

  • Laplace

  • Leibniz

  • Boussinesq, Joseph, « Conciliation du véritable déterminisme mécanique avec l’existence de la vie et de la liberté morale », in Mémoires de la société des sciences de l’agriculture et des arts de Lille, 1879, pp. 25-252. (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5497779d/f29.item)

  • Bertrand, Journal des savants, 1877

  • Boussinesq, Joseph, Les Mondes, 13 et 28 novembre 1878

  • James, William, Sur le sentiment de l’effort, Boston, 1880

  • Herschell, John

  • Delboeuf, Joseph, Essai de logique scientifique : Prolégomènes, suivis d’une étude sur la question du mouvement considérée dans ses rapports avec le principe de contradiction, 1865

  • Plateau, « note sur quelques exemples curieux de discontinuité en analyse », in Bulletins de l'Académie royale de Belgique, février 1877

Commentaire référence bibliographique
  • Delboeuf expose la doctrine de la prédestination absolue à partir des écrits de du Bois-Reymond et Laplace :

    « Dans une conférence restée célèbre, un savant illustre, M. du Bois-Reymond, s’exprime en ces termes : « On peut concevoir une connaissance de la nature telle que tous les phénomènes y seraient représentés par une formule mathématique, par un immense système d’équations différentielles simultanées, qui donneraient pour chaque instant le lieu, la direction et la vitesse de chaque atome de l’univers. « Une intelligence, dit Laplace, qui pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre des données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé serait présent à ses yeux. (…) ». En effet, de même que l’astronome n’a qu’à donner au temps, dans les équations de la lune, une certaine valeur négative, pour y démêler si, lrosque Périclès s’embarquait pour Epidaure, le soleil était éclipsé au Pirée ; de même l’intelligence conçue par Laplace pourrait, par une discussion convenable de sa formule universelle, nous dire qui fut le Masque de fer, ou comment le Président coula à fond. De même que l’astronome prédit le jour où, du fond de l’espace, une comète revient après des années émerger à la voûte céleste ; de même cette intelligence lirait, dans ses équations, le jour où la croix grecque brillera sur la mosquée de Sainte-Sophie, et celui où l’Angleterre brûlera son dernier morceau de houille. (…) » Cette doctrine de la prédestination absolue de toutes choses n’est pas neuve. (…) elle constitue le système de l’harmonie préétablie de Leibniz ; c’est d’elle que découle la foi en la prescience de la Divinité ; c’est elle enfin, on peut le dire, qui compte aujourd’hui le plus de partisans parmi les physiciens et les biologistes. Si elle est vraie, un fatalisme inexorable pèse sur l’univers ; la liberté est un vain mot ; l’homme, en se croyant libre, est le jouet d’une illusion (…). » (Delboeuf (1881), pp. 429-430)

  • Delboeuf présente la théorie de Boussinesq pour concilier la liberté morale et le déterminisme mécanique :

    « Un mathématicien ingénieux, M. Boussinesq, est, à notre connaissance, le premier qui ait résolument placé ce sujet sur le terrain de la mécanique. Il a consigné le résultat de ses réflexions dans un volumineux mémoire bourré d’équations et de formules (…). De ce chef, il a été vivement attaqué, dans le Journal des savants, par M. Bertrand, auquel il répondit dans Les Mondesdes 13 et 29 novembre 1878. La solution de M. Boussinesq repose sur certains cas d’indétermination que peuvent présenter les équations différentielles du mouvement. Si, pour nous servir d’un exemple familier, nous imaginons un point matériel parcourant, en vertu de la pesanteur, une verticale qui vient aboutir au sommet d’un cône, le point s’y arrêtera et pourra, dans la suite, continuer son mouvement le long d’une quelconque des génératrices du cône. Il suffit pour cela qu’une force, aussi petite que l’on voudra, vienne agir sur lui pendant qu’il est au repos, pour lui faire parcourir de haut en bas une arrête déterminée. Partant de semblables considérations, M. Boussinesq est amené à se figurer le cerveau comme un système d’atomes lancés sur des trajectoires qui présenteraient de distance en distance de nombreux points d’indétermination. Ce serait l’agent volontaire, le principe directeur, qui aurait la propriété de faire cesser cette indétermination. » (Delboeuf (1881), p. 430)

  • Delboeuf renvoie aux analyses de Plateau pour discuter la solution envisagée par Boussinesq pour concilier la liberté morale et le déterminisme mécanique :

    « Je ne me sens ni la volonté ni la capacité d’examiner à fond la question de savoir si la réalité peut offrir des cas d’indétermination tels qu’un mobile, soumis à l’action de forces définies, se trouverait en un point de sa trajectoire, devant deux ou plusieurs chemins entre lesquels il lui serait loisible de choisir. Si l’analyse forge de semblables équations, ce doit être au moyen de l’introduction d’imaginaires ou d’autres artifices de calcul qui ne correspondent nullement aux conditions réelles du mouvement d’un point mathématique. (note : Voir à ce sujet l’intéressante note de M. J. Plateau. On y voit des courbes qui, simples d’abord, se dédoublent à partir d’un certain point. Au fond, ces figures se composent de deux trajectoires distinctes, dont l’une a une branche imaginaire, et qui ne pourraient être décrites que par deux mobiles différents. » (Boussinesq (1881), pp. 530-531)

  • Pour présenter le problème de l'alternative entre la liberté et le principe de la conservation de l'énergie, Delboeuf renvoie aux études de Herschell et James. 

  • Dans sa démonstration de la liberté comme puissance motrice, Delboeuf renvoie à son Essai de logique scientifique dans lequel il définit le temps mécanique comme un mouvement uniforme arbitraire pris pour unité de mouvement.

Discute :

  • Boussinesq, Joseph, « Conciliation du véritable déterminisme mécanique avec l’existence de la vie et de la liberté morale », in Mémoires de la société des sciences de l’agriculture et des arts de Lille, 1879, pp. 25-252. (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5497779d/f29.item)

Commentaire Discute
  • Delboeuf refuse la solution envisagée par Boussinesq pour concilier la liberté morale et le déterminisme mécanique :

    « Je ne me sens ni la volonté ni la capacité d’examiner à fond la question de savoir si la réalité peut offrir des cas d’indétermination tels qu’un mobile, soumis à l’action de forces définies, se trouverait en un point de sa trajectoire, devant deux ou plusieurs chemins entre lesquels il lui serait loisible de choisir. Si l’analyse forge de semblables équations, ce doit être au moyen de l’introduction d’imaginaires ou d’autres artifices de calcul qui ne correspondent nullement aux conditions réelles du mouvement d’un point mathématique. D’ailleurs, en supposant même, qu’une trajectoire puisse se bifurquer, on aurait tort de croire que cette liberté de choix entre deux routes indifférentes fût l’image de la liberté de l’âme. Quand nous délibérons, nous ne sommes pas arrêtés devant deux chemins également bons à suivre. Au contraire, ils se dressent devant notre esprit comme offrant des avantages et des désavantages opposés, et l’effort que nous devons faire a précisément pour but – comme le dit excellemment M. James – de nous faire consentir à la réalisation des désagréments qui doivent résulter de notre choix. Abandonnons donc la solution de M. Boussinesq. Au surplus, elle ne résoute pas la question. Tout compte fait, dans le système de ce géomètre, les êtres libres se trouveraient à tout instant en face d'une certaine somme de possibles, entre lesquels ils choisiraient pour en réaliser un. Et comme ces possibles sont indépendants les uns des autres, l'intervention de la liberté ne modifie en aucune façon l'état de choses existant. (...) » (Delboeuf (1881), pp. 430-431)

Intervention citée

Oui
Cité par

Intervention discutée

Oui
Discuté par
Commentaire Discuté par

Grocler tente de réfuter la théorie de Delboeuf sur la conciliation du libre arbitre et du déterminisme mécanique

URL

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k215097r/f432.image

Créateur de la fiche

Greber, Jules-henri

La liberté et ses effets mécaniques est le premier article de fond en philosophie des sciences publié par Delboeuf dans La Revue scientifique. Publiée en 1881, l'intervention a pour objectif de concilier la liberté et les principes de la mécanique en concevant mécaniquement la liberté. Delboeuf soutient la thèse selon laquelle la liberté peut être considérée comme une puissance motrice dont les effets ne peuvent se prévoir du fait que les mouvements exécutés librement ne sont pas contenus dans les mouvements qui précèdent. Il est conduit à discuter la doctrine de la prédestination absolue (ou mécanisme absolu).