Déterminisme et la liberté. Lettre au Directeur du Journal des Savants (Le)

Titre

Déterminisme et la liberté. Lettre au Directeur du Journal des Savants (Le)

Année de publication

Volume

7

Pagination

58-66

Type d'intervention

Champ Scientifique

Théorie scientifique examinée

Source

Mueller, Thomas Michael, "The Boussinesq Debate : Reversibility, Instability, and Free Will", in Science in Context, 2015, t. 28, pp. 613-635. (https://consequent2017.files.wordpress.com/2018/02/mueller.pdf)

Thèse - Objectif :

Répondre aux critiques formulées par Bertrand dans le Journal des savants à l'encontre de la tentative de Boussinesq de concilier la liberté et le déterminisme mécanique

Réfuter le déterminisme mécanique absolu

Montrer que le principe directeur qui intervient dans les cas d'indétermination mécanique où les équations différentielles de mouvement ne déterminent pas complètement la dynamique d'un corps en admettant des solutions singulières, constitue une solution non seulement pour concilier le libre arbitre et le mécanisme, mais aussi défendre scientifiquement le spiritualisme

Acculturation

Non

École philosophique

Spiritualisme

Référence bibliographique

Commentaire référence bibliographique
  • Boussinesq soutient, à l'encontre de Bertrand, que son travail mathématique sur la conciliation du libre arbitre et du déterminisme mécanique repose sur l'expérience et l'observation. Cet appel à l'expérience est représenté par le témoignage de Claude Bernard, Berzélius et Cournot :

    « Aux lecteurs seuls il appartiendra, après avoir pris connaissance de mon étude et non pas seulement des sept pages de M. Bertrand, de juger si je m’y suis montré « intrépidement confiant dans les formules », comme m’en accuse mon éminent critique, ou si, au contraire, pénétré de ce principe que l’observation doit partout fournir au calcul ses bases et contrôler ses résultats, j’ai appelé constamment à mon aide l’expérience, représentée dans la question par le témoignage de physiologistes comme Claude Bernard, de chimistes comme Berzélius et de philosophes-géomètres comme Cournot. » (Boussinesq (1879), p. 58)

  • Boussinesq indique, pour dissiper un malentendu avec Bertrand, que son objectif premier dans son mémoire est de réfuter le déterminisme mécanique absolu défendu et entretenu par Laplace, Leibniz, Dubois-Reymond, Huxley... :

    « Le premier de ces malentendus concerne l’objet même de mon étude (…). Cet objet est de réfuter une assertion célèbre de Leibniz, Laplace, Dubois-Reymond, Huxley, etc., en démontrant que les équations de mouvement d’un système matériel, prises telles que les suppose la mécanique classique, ne déterminent pas toujours toute la suite des mouvements du système. Or M. Bertrand, explicitement d’accord avec moi sur la partie mathématique du travail, est sous ce rapport de mon avis : mais il oublie de dire que tel était mon but principal. » (Boussinesq (1879), p. 59)

  • Contrairement à Bertrand, Boussinesq n'a jamais attaché de significaton obscure à la notion de force mécanique. Il se rattache sur ce point à L. du Buat, Cauchy et de Saint-Venant :

    « J’ai été même, à cet égard, bien plus loin que M. Bertrand ; il paraît, en effet, attacher encore aux prétendues forces des mécaniciens un sens de cause, distinct de leur sens géométrique précis, tandis que je me suis astreint à ne voir en elles, conformément à ce dernier sens, que des produits de masses par des accélérations, les dépouillant ainsi dans ma pensée, à l’exemple de L. du Buat, Cauchy, M. Saint-Venant, etc., de leur signification obscure, tout comme on a fait pour les forces vives et les quantités de mouvement. » (Boussinesq (1879), p. 59)

  • Boussinesq rappelle que Poisson avait déjà mis en relief des cas d'indétermination mécanique. Ce point a été repris par Janet dans son rapport sur le mémoire du mathématicien lillois :

    « M. Bertrand atténue, il est vrai, l’importance du but que j’ai poursuivi, en qualifiant de « paradoxe connu depuis longtemps » l’existence de cas où les équations du mouvement comportent plusieurs solutions. Il veut dire sans doute que Poisson avait déjà, en 1806, à propos d’études purement analytiques, trouvé un pareil exemple d’indétermination, savoir, celui que j’ai exhumé et que rappelle M. P. Janet dans son Rapport. (…) M. Bertrand a donc bien raison d’observer qu’on n’avait conclu jusqu’ici rien de grave du fait analytique qu’il dit « connu depuis longtemps ». Mais il pourrait ajouter qu’en revanche on a tiré la plus grave des conclusions de l’ignorance où l’on était à l’égard du même fait, puisqu’on a, sur on omission, édifié le système d’après lequel un déterminisme mécanique absolu réglerait tous les mouvements qui se produisent dans l’univers, et ne permettrait à aucune cause distincte des forces physico-chimiques, pas même la vie végétale ou animale, d’influer en rien sur le cours des choses. L’importance d’une telle conclusion aurait fait comprendre au lecteur le prix que M. Paul Janet avait attaché à ma thèse. » (Boussinesq (1879), pp. 59-60)

  • Boussinesq cite un passage de Duhamel pour souligner le fait que les géomètres présupposent toujours, malgré l'existence de cas d'indétermination mécanique, un déterminisme mécanique absolu. La pratique des géométries indiquent que ces derniers délaissent ou ignorent l'existence des cas d'indétermination mécanique :

    « Pour montrer jusqu’à quel point ce fait, que Poisson déclare lui-même ne pouvoir s’expliquer, avait été compris et était resté « connu », mon éminent contradicteur aurait dû citer les cours ou même les mémoires de mécanique, publiés depuis, qui en auraient fait mention ou qui auraient signalé d’autres exemples analogues. Le nombre de ces cours ou mémoires, s’il en existe, doit être bien petit, à en juger par la conviction profonde dans laquelle ont vécu Laplace, Duhamel, etc., et où sont encore la plupart des géomètres, que « l’équation différentielle du mouvement d’un point, jointe aux circonstances initiales, détermine complètement le mouvement de ce point pendant un temps indéfini. » » (Boussinesq (1879), pp. 59-60).

Discute :

  • Bertrand, Joseph, « Compte rendu de Conciliation du véritable déterminisme mécanique avec l’existence de la vie et de la liberté morale, par J. Boussinesq, oprécédée d’un rapport de M. Paul Janet à l’Académie des sciences morales et politiques ; extrait des Mémoires de la Société des sciences, de l’agriculture et des arts de Lille, année 1878, t. VI, 4esérie. », in Journal des savants, 1878, pp. 517-523. (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54687h/f518.image)

Intervention citée

Oui
Cité par

Intervention discutée

Oui
Discuté par

URL

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k17146f/f62.image

Créateur de la fiche

Greber, Jules-henri

Le déterminisme et la liberté. Lettre au Directeur du Journal des Savants est le premier article de fond en philosophie des sciences publié par Boussinesq dans la Revue philosophique de la France et de l'étranger. Parue en 1879, l'intervention a pour objectif de répondre aux critiques formulées par Bertrand dans le Journal des savants à l'encontre de la tentative de Boussinesq de concilier la liberté et le déterminisme mécanique. Le mathématicien lillois revient sur sa réfutation du déterminisme mécanique absolu. Il reprend sa thèse selon laquelle le principe directeur, qui intervient dans les cas d'indétermination mécanique où les équations différentielles de mouvement ne déterminent pas complètement la dynamique d'un corps en admettant des solutions singulières, constitue une solution non seulement pour concilier le libre arbitre et le mécanisme, mais aussi pour défendre scientifiquement le spiritualisme.