Définition du hasard de Cournot (La)

Titre

Définition du hasard de Cournot (La)

Statut

Année de publication

Volume

72

Pagination

1911

Type d'intervention

Champ Scientifique

Théorie scientifique examinée

Thèse - Objectif :

Présenter, examiner et défendre la théorie du hasard de Cournot

Acculturation

Non

Référence bibliographique

Commentaire référence bibliographique
  • Milhaud présente les différentes attaques formulées par Renouvier, Hamelin, Darbon, Tarde et Piéron à l'encontre de la conception du Hasard et du déterminisme de Cournot :

    « À une conception aussi cohérente, semble-t-il, qu’a-t-on reproché ? C’est Renouvier surtout qui en 1875, dans la seconde édition de sa Logique, a ouvert contre elle une discussion qui se prolonge de nos jours avec les mêmes objections essentielles. Si nous nous bornons ici encore au hasard des événements concrets, en laissant de côté , pour le moment au moins, tout ce qui, dans la critique de Renouvier, vise la succession fortuite des chiffres du nombre pie, les griefs principaux sont, je crois, les suivants : L’indépendance des causes n’empêche nullement que leurs effets ne soient liés les uns aux autres par des lois précises permettant une prévision rationnelle et s’opposant manifestement à ce que le sens commun puisse accepter le caractère fortuit des événements. (…) Plus généralement, nous ne saurons jamais si les effets de causes indépendantes suffisamment prolongés ne manifesteront pas des lois ôtant à ces effets le caractère fortuit qu’alors notre ignorance (contrairement à ce que dit Cournot) pouvait seule provisoirement justifier. Pour ne l’avoir pas vu Cournot a été conduit à des vues vagues et obscures sur le fondement du calcul des probabilités. Quand il veut justifier la loi des grands nombres, on dirait parfois qu’il s’en rapporte à l’expérience, quoique au fond il veuille la tirer de principes mathématiques. Il affirme, ce qui ne se comprend pas, que dans le langage des vérités mathématiques ou métaphysiques il n’y a pas de degrés de possibilité, et relègue ces degrés de possibilité dans l’ordre des faits sensibles, - ce qui sans doute se comprend trop. Tantôt il juge naturel de regarder un événement comme ayant une disposition d’autant plus grande à se produire, ou comme étant d’autant plus possible de fait qu’il se reproduit plus souvent dans un grand nombre d’expériences ; tantôt il veut que la loi des grands nombres dérive de la théorie mathématique des combinaisons. Cournot fait de vains efforts pour dissimuler le vrai principe du calcul des probabilités, à savoir l’hypothèse de l’égal possibilité d’événements qui s’excluent, et se crée toutes sortes d’embarras par le désir d’étendre le champ du déterminisme à un ordre d’idées qui en est la négation. Hamelin semble bien avoir accepté tout le fond de cette critique de Renouvier, et M. Darbon proteste à son tour aujourd’hui contre le déterminisme dont Cournot refuse à dissocier le fortuit, déclarant que les séries de causes indépendantes ne peuvent servir à définir le hasard que si elles comportent un élément de contingence. (…) Le reproche capital de Renouvier portant sur ce que l’indépendance des séries de causes ne comporte pas nécessairement l’indépendance des effets est-il vraiment mérité par Cournot ? Celui-ci sait fort bien et dit très clairement que la régularité de certains événements n’empêche pas, si l’on peut remonter assez haut jusqu’à leur origine, de trouver pour celle-ci une rencontre fortuite. (…) Au fond même, plus généralement, l’attiude de Renouvier n’est pas tellement différente, en toutes ces questions, de celle de Cournot. Ce qui les sépare le plus, c’est que l’un est nettement métaphysicien, l’autre reste et veut rester sur un terrain plus positif. » (Milhaud (1911), pp. 145-149)

    « À côté de ces objections qui portent principalement sur le déterminisme inséparable de la conception de Cournot, d’autres se sont fait jour, notamment avec Tarde et Henri Piéron. On reproche à Cournot d’avoir rejeté du hasard toute notion de finalité, et ainsi d’avoir éliminé un élément psychologique et subjectif qui paraît indispensable. Les séries indépendantes sont partout ; mais seules fournissent du hasard, celles dont la rencontre nous intéresse, celles qui comportent pour nous quelque chose d’heureux ou de malheureux, de bon ou de mauvais, ou simplement de désirable, ou même de remarquable. Il faut, à propos de tel ou tel fait, résultat de plusieurs suites distinctes de causes, que nous puissions dire : tout se passe comme si cette rencontre eût été voulu par une providence, ou par un heureux destin, ou par une justice immanente, ou par un sort impitoyable… « L’involontaire simulant le volontaire, dit Tarde, voilà ce qui caractérise à nos yeux les faits que nous appelons fortuits. » - « Nous ne parlons de hasard que pour nous », disait déjà H. Piéron, dans le même sens. Ne faut-il pas distinguer, répondrait sans doute Cournot, l’idée courante du hasard, qui en effet ne s’attache qu’à certaines rencontres, selon l’intérêt plus ou moins exceptionnel qui s’y trouve, et celle qu’a éclairée la science moderne en créant le calcul des probabilités ? Celle-ci est manifestement exempte de toute finalité et de tout élément psychologique. » (Milhaud (1911), p. 150)


  • Milhaud (1911), pp. 153-156 montre les similitudes entre la conception de Cournot et celle de Mill 

Discute :

Commentaire Discute
  • Milhaud défend la conception du Hasard de Cournot contre les critiques de Renouvier, Hamelin, Darbon, Tarde et Piéron.

URL

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k172112/f140.image

Créateur de la fiche

Greber, Jules-Henri

La Définition du hasard de Cournot est le trente neuvième article de fond en philosophie des sciences publié par Milhaud dans la Revue philosophique de la France et de l'étranger. Parue en 1911, l'intervention a pour objectif de présenter, d'examiner et de défendre la conception du Hasard de Cournot contre les différentes attaques qui ont été formulées par Renouvier, Hamelin, Tarde, Piéron, Darbon. Milhaud est amené à montrer les analogies et similarités entre la conception de Cournot et celles d'Aristote et Mill.